Spellbound n’est pas du genre à traîner en route comme en témoigne ce quatrième album de Jours Pâles qui arrive à peine un peu plus d’un an après celle de « Dissolution ».
Présentation :
Pour rappel Jours Pâles a été fondé en 2020 sur les cendres d’Asphodèle. C’est d’ailleurs du titre de l’unique album de cette formation disparue que provient le nom du groupe.
Le line up de Jours Pales a constamment évolué autour de Spellbound qui en est le maître à penser et le compositeur. Pour « Résonance », puisque tel est le titre de ce nouvel opus, les choses semblent d’ailleurs un peu confuses, il semble que l’ancien line-up (celui présent sur « Dissolution ») a enregistré l’album mais qu’il y a eu beaucoup de changements depuis. Comme toujours l’album comporte des invités : on citera tout d’abord Kim Carlsson de Lifelover qui pose sa voix sur le titre «Mouvement ostentatoire rémanent totalitaire ». Ensuite c’est le guitariste SD. Ramirez de Psychonaut 4 qui s’est fendu d’un solo dont il a le secret sur « La plus belle des saisons. On retrouve également Pereg Ar Bagol (Boisson Divine), qui joue un air d’accordéon sur « L’essentialité du frisson ».
L’artwork est de Sébastien Grenier. Au premier abord, il étonne un peu car très différent de ce que Jours Pâles a utilisé jusque là avec ce côté très heavy metal ; après dans les faits il y a pas vraiment de réelle continuité graphique dans les albums du groupe donc pourquoi pas ? Surtout que finalement il colle plutôt bien avec le contenu de l’album et s’avère bien plus réussi que l’artwork de l’album précédent. Continuité enfin au niveau du label, cette fois, avec Les Acteurs de l’Ombre qui continuent à porter ce projet pour le moins atypique au sein de la scène hexagonale.
Impressions :
Avec près d’une heure de musique, Jours Pâles n’a pas été en panne d’inspiration notamment pour le deuxième titre qui dépasse les dix minutes. La crainte était d’éprouver le sentiment d’inachevé que j’avais pu ressentir à l’écoute de « Dissolution ». Tel n’est pas le cas. Si les compositions peuvent parfois prendre des directions inattendues, on sent qu’il y a eu la volonté de les travailler en profondeur et de ne négliger aucun détail. Ce travail se ressent aussi sur le mix bien plus abouti et plus adapté à ce qu’on attend du metal mélancolique de Spellbound. En long, en large, comme en travers c’est un superbe travail qui a été accompli ici : le son est énorme sans être artificiel, les compositions font mouche et ont une profondeur remarquable.
L’instrumental « La frontière entre nous et le néant » intrigue, il est assez long mais très réussi avec ses sonorités synthétiques qui laissent peu à peu place à une sorte de crescendo faisant monter la tension avant que ne déboule « Une splendeur devenue terne ». La suite est imparable et implacable, on y retrouve cette rage à fleur de peau, cette mélancolie qui colle aux basques et qui sont les fondements de Jours Pâles. Parfois tout cela semble un peu chaotique comme dans ce fameux deuxième titre assez labyrinthique mais pour autant jamais on ne perd le fil.
Reflets sans filtre des tourments de l’existence de Spellbound, les compositions s’enchaînent en nous faisant passer par tous les états. Tantôt les lignes ou paroles mélancoliques vous tirent les larmes, tantôt c’est la colère et la rage qui l’emportent avec cette envie de tout fracasser. Que dire d’autre ? Cet album prend aux tripes et un titre Comme « Savile » donne ni plus ni moins l’envie que d’étrangler le genre de salopard dont il est question dans cette chanson. Les notes claquent, les mots frappent au plus profond de soi. Certaines compositions deviennent véritablement obsessionnelles comme « Cinéraire » et sa suite instrumentale « Incommensurable » dédiée à la fille de Spellbound. Sans nul doute c'est à mes yeux le sommet de cet opus.
Pour autant n’allez pas vous imaginer que l’affaire est finie car un superbe duo avec le grand Kim Carlsson vous attend au détour de « Mouvement ostentatoire rémanent totalitaire ». De beauté et de mélancolie il en sera de nouveau en question sur la piste plus aérienne « La plus belle des saisons » et l’impeccable solo du guitariste de Psychonaut 4. Même l’outro « 10-11-2021 » dégage une beauté et une fragilité sans mot.
Avec « Résonances » Jours Pâles propose son album le plus prenant depuis « Eclosion ». C’est aussi le plus abouti dans tous les aspects techniques et plus encore dans l’expression de ses émotions. Un album à vif et maîtrisé de bout en bout. Une forme d’accomplissement. Un album d’une beauté de plus en plus rare.
L - 10/10
Tracklist :
1. La frontière entre nous et le néant (03:13)
2. Une splendeur devenue terne (11:04)
3. L'essentialité du frisson (05:42)
4. Cinéraire (07:27)
5. Incommensurable (chanson pour Aldérica II) (04:35)
6. Mouvement ostentatoire rémanent totalitaire (05:38)
7. Viens avec moi (05:33)
8. Savile (06:48)
9. La plus belles des saisons (04:50)
10. 10-11-2021 (03:04)
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